La vie en roses

- Installé depuis 15 ans à la suite de ses parents, Patrick Corre s’est spécialisé dans la rose, avec son épouse, sur 21 000 m² de serre.
A Plougastel-Daoulas, célèbre pour ses fraises, on produit aussi des roses. Chez Patrick Corre et son épouse, ce ne sont pas moins de 40 variétés qui sont cultivées avec soin avant de se retrouver en vente chez les fleuristes bretons.
Le rosier. Tel est le nom du lieu-dit, près de Plougastel-Daoulas (29), où se trouve l’entreprise « Les rosiers d’Iroise » de Patrick Corre et son épouse. Un nom prédestiné où se trouvait probablement jadis une roseraie. Pourtant, au lieu-dit Le rosier, il n’y a pas toujours eu des roses.
Une évolution constante
Mes parents étaient maraîchers. Ils produisaient essentiellement de la salade et de la tomate. Progressivement, il se sont mis à cultiver des fleurs, notamment des chrysanthèmes, d’abord sur 1 500 m², puis sur 6 000 m². En 1982, ils ont démarré la rose. » explique Patrick Corre qui a repris l’exploitation à titre individuel en 1993. Rapidement, le jeune producteur s’est spécialisé dans la rose et a fait le choix de ne plus être adossé à une coopérative. Il a également construit 3 400 m² de serres verre supplémentaires chauffées par thermo-syphon, c’est-à-dire par un système de deux réseaux de tuyaux d’eau chaude (basse et haute température) entièrement informatisé. En 1996, mon épouse m’a rejoint sur l’exploitation et nous sommes passés en Earl. En 2000, nous avons reconstruit 2 000 m² de serre, mais très vite, l’activité se développant, nous nous sommes retrouvés à l’étroit.» Comme il était impossible de s’agrandir sur place, le couple a saisi l’opportunité de racheter une entreprise de roses à Dirinon, à quelques kilomètres de là. Les deux nouvelles serres de 7 000 et 2 500 m² ont été respectivement mises en production en 2005 et 2007.
Premiers pas en lutte intégrée
Aujourd’hui, l’entreprise compte 21 000 m² de serres entièrement dédiées à la rose et emploie 16 salariés répartis sur les deux sites. Sur chaque site de production, un responsable gère les équipes et les travaux sur les cultures : cueillette, pliage, taille, traitements, éboutonnage… le travail ne manque pas ! « La cueillette est un travail quotidien, 365 jours sur 365, souligne le producteur. Car les roses n’attendent pas et doivent être cueillies chaque matin pour garantir une qualité irréprochable ! ». Afin de limiter les traitements, Patrick Corre a démarré la protection biologique intégrée il y a un mois. Pour cela, il se fait accompagner par Joseph Quéméner, son technicien Hortalis. « La lutte intégrée est plus délicate en horticulture qu’en tomate » reconnaît le technicien, spécialisé dans le suivi des cultures sous-abris sur le Nord-Finistère. « Mais les retraits de matières actives et l’augmentation des délais de ré-entrée en serre après traitement nous obligent à développer de nouvelles solutions. Le principe de la lutte intégrée est simple. Afin de supprimer les parasites présents dans la serre, on introduit des auxiliaires prédateurs des principaux nuisibles rencontrés : aleurodes, acariens, thrips, pucerons. Nous disposons désormais d’auxiliaires de plus en plus efficaces. C’est une voie d’avenir » Reste à obtenir le bon équilibre dans la serre, un objectif généralement atteint 4 à 6 semaines après la mise en place.
L’informatisation source de gain de temps
Si la production est répartie sur les deux sites, le conditionnement est, en revanche, entièrement effectué à Plougastel. C’est aussi de là que partent chaque jour les deux camions remplis de roses coupées que les vendeurs commercialisent auprès des fleuristes et des grossistes du mardi au samedi. Là encore, l’entreprise n’a cessé de se moderniser. Après le rachat d’une chaîne de conditionnement d’occasion, Patrick Corre a informatisé toute l’entreprise, et notamment la gestion commerciale. « Chaque type de rose, selon sa variété et sa taille, est codifiée par un code barre. Nos deux vendeurs, qui sillonnent la Bretagne avec leur camion, peuvent désormais, grâce à leur machine « Symbol » et leur imprimante embarquée, délivrer à leurs clients un bordereau de livraison. Le soir, lorsqu’ils repassent au bureau, il n’y a plus qu’à décharger la machine pour transférer les informations dans le logiciel de gestion commerciale. En évitant la re-saisie des données, on gagne du temps !».
Une forte saisonnalité
La commercialisation des roses est soumise à une forte saisonnalité. Les pics d’activité sont bien sûr au moment des fêtes : Saint Valentin, Pâques, Fête de mères, Toussaint, Noël…Tout l’art de l’horticulteur est de permettre à sa production de répondre à ces hausses ponctuelles de la demande.
Malgré la forte concurrence hollandaise (et maintenant kenyane !) et le discours ambiant sur la baisse du pouvoir d’achat, Patrick Corre se veut confiant. « Nous sommes confrontés comme toutes les productions à l’augmentation du coût des matières premières et de l’énergie. Pour compenser ces hausses, nous recherchons des gains de productivité, en accroissant la densité des plants ou en développant des variétés plus productives. Chaque année, nous allons en Hollande prendre les bonnes idées, mais pas les mauvaises, car nous restons très vigilants sur la qualité de nos roses. C’est notre plus-value !» Et s’il fallait encore illustrer le dynamisme et la capacité d’adaptation de Patrick Corre, on pourrait citer sa diversification toute récente vers une production en pleine terre sous tunnel plastique ne créant pas un surcroît de travail trop important : agapantes, arums et pivoines viendront bientôt compléter l’offre des l’Earl les roses d’Iroise.
Béatrice Perrot

- Achetée d’occasion, cette chaîne de conditionnement automatisée, qui conditionne jusqu’à 20 000 roses par jour en saison, permet de gagner un temps précieux.

- Joseph Quéméner, technicien Hortalis, accompagne Patrick Corre dans la mise en place de la protection biologique intégrée. Ils examinent ici un sachet d’auxiliaires.
